La question qu'on entend tous les jours

"Il joue à Minecraft depuis trois ans. Il a essayé un autre jeu une fois et il est revenu sur Minecraft. C'est normal ?"

Spoiler : oui. Et c'est souvent une bonne nouvelle.

Trois lectures possibles

Quand un enfant — surtout un enfant accompagné en SESSAD pour TSA ou TDAH — rejoue toujours au même titre, il se passe rarement une seule chose. On voit souvent une combinaison de trois mécaniques :

1. La maîtrise

Dans Minecraft, après trois ans, votre enfant sait. Il connaît les recettes, les biomes, les comportements des mobs. Cette maîtrise est rare dans sa vie — à l'école, il est en difficulté ; à la maison, on lui demande sans cesse de faire mieux. Devant son écran, il est expert. Le jeu lui rend une compétence visible que personne ne lui conteste.

Le Haut Conseil de la Santé Publique le confirme : un enfant qui joue intensément à un jeu ne présente pas nécessairement un usage problématique. Pour les enfants TSA ou TDAH, cet espace de compétence est souvent l'un des rares où ils se sentent capables — ce qui en fait un terrain de travail, pas un symptôme à traiter.

2. Le refuge structurant

Un jeu connu, c'est un environnement prévisible. Pour un enfant qui vit avec beaucoup d'imprévu (anxiété, hyperstimulation, troubles du neurodéveloppement), revenir au même jeu c'est revenir à un espace où les règles ne changent pas. Ce n'est pas de l'ennui ; c'est de la régulation.

3. La narration personnelle

Beaucoup d'enfants ne rejouent pas la même partie — ils continuent une histoire qu'ils ont commencée. Le monde Minecraft sauvegardé depuis 2023 est plein de constructions, de pièges, de noms. Demandez-lui de vous faire visiter : vous allez découvrir une archive émotionnelle de trois ans.

Ce qu'il ne faut pas faire

"Tu pourrais varier un peu ?" — sous-entend que ce qu'il fait n'a pas de valeur.

— Lui acheter cinq nouveaux jeux pour le forcer à essayer autre chose.

— Lui interdire son jeu actuel pour le pousser vers autre chose.

Aucun de ces trois leviers ne marche. Tous renforcent l'attachement au jeu actuel, parce qu'ils en font un enjeu de conflit au lieu d'un objet de dialogue.

Ce qu'on fait en atelier

La première séance de « Jouons Ensemble! » avec un enfant qui rejoue toujours au même jeu, c'est presque toujours la même : on joue à son jeu, on lui demande de nous faire visiter, on observe.

C'est souvent à ce moment-là, en regardant son parent regarder son monde, que l'enfant commence à parler. Pas de ce qu'il joue. De ce qu'il y met.

Et c'est à partir de là, et seulement à partir de là, qu'on peut éventuellement explorer d'autres terrains de jeu — avec lui, pas contre lui.

En une phrase

Observations issues des ateliers « Jouons Ensemble ! » menés en Guadeloupe.

Un enfant qui rejoue au même jeu n'est pas en train de stagner. Il est en train de maîtriser. La question n'est pas "comment lui faire jouer à autre chose" — c'est "qu'est-ce qu'il est en train de me dire en jouant à ça ?"


Andy Zébus est médiateur numérique, créateur de PXLC. Il accompagne les structures publiques et associatives de Guadeloupe dans leur parentalité numérique.

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